Esclaves asservis, écervelés, porte-monnaie sur pattes. La nausée. Je hais mon labeur, qui consiste à vous faire croire que vous avez fondamentalement besoin de ce que j'ai à vous vendre. La grande famille des hommes s'appauvrit, non pas seulement d'un point de vue pécunier : un bon peu de nos contemporains frôle la débilité profonde. Leurs actes n'ont d'égal que le concentré de vide de leur discours. Cela peut aller de la question sans verbe, à l'affirmation sans objet. Ils se pavanent, rient, jouissent ... Tels des cochons se roulant de plaisir dans leur flaque de boue car le menu du jour est un seau de merde dans du papier cadeau. Travailler la merde, l'acheter, la manger, la chier, travailler la merde, l'acheter ... Bref ... Que ce soit clair, je ne tire aucune sonnette d'alarme. Les cochons détestent se poser des questions, et encore moins sortir de leur flaque de boue. Je vous conchie. Je n'ai aucune foi en l'humain ce soir. Demain est un autre jour identique ... Anarchisme ? Elitisme ? Les brigades du politiquement correct sont à mes trousses. Suivies de prêt par la milice des vomisseurs bien-pensants.

Société, je ne te propose rien. Je t'encule.


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Le rythme soutenu du paysage qui défilait par la fenêtre depuis plus heures fut stoppé. Les chevaux rencontraient parfois une difficulté de parcours, Antoine quittait alors sa cabine pour encourager ses bêtes, le temps d'un vif éclat de voix. Mais la durée habituelle était amplement outrepassée. Léa ordonna alors à ses enfants de ne pas bouger, sortit précipitemment de la caravane. La marmaille s'exécuta, elle avait un air grave dans le fond des yeux, un frisson passait sur elle. Elle découvrirt son mari, inconscient, assis dans la cabine. Impossible de savoir depuis combien de temps il avait perdu connaissance ni pourquoi. Leur voiture s'était arrêté car les montures convoitaient une touffe d'herbe dans le bitume lézardé. C'était bien malheureusement, un endroit plus qu'incertain pour faire une halte.
Les zones péri-urbaines étaient devenues extrêmement sensibles depuis que la nature jusqu'alors nourricière n'offrait plus de pétrole à gaspiller. Les quelques forcenés qui avaient voulu rester dans ces jungles de béton faisaient figure d'inconscients, d'illuminés, ou de fous. Des groupuscules obscurs plus ou moins organisés vivaient de pillages et violences, autour de quelque bretelles d'autoroute abandonnée, de barre HLM en lambeaux ... La végétation, incontrolable, fougueuse avait repris ses droits, et des chênes séculaires cotoyaient palmiers et hévéas avec une certaine grâce ...

Du sang froid, du sang froid se dit-elle. Ils prendraient les chevaux, les vivres, mais ils ne toucheraient pas à ses enfants, elle mourrait avant. Elle aurait tout donné, tout pour sa petite famille ... Antoine ouvrit faiblement les yeux lorsqu'elle s'approcha de lui, son premier réflexe fût de poser sa main sur la pétoire qu'il gardait toujours a portée de main, voyant son épouse, les guides en main. Il reprit ses esprits ...


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Antoine menait son convoi depuis plusieurs jours déjà, et les fournaises du mois d'août ne simplifiaient pas sa tâche. Ses montures, usées, amoindries, présentaient des signes d'épuisement qui ne présageaient pas de bonnes augures au vu de la conséquente cargaison qu'il déplaçait. Réduit à l'exode et à la préservation du strict minimum comme beaucoup de ses contemporains, Antoine avait habilement réparti ses biens sur deux attelages. Le premier avait pour squelette la dépouille d'un ancien camion utilitaire du siècle dernier sur lequel subsistait une  carrosserie et un chassis dévorés par la rouille. Une découpe dans le toit avait permis d'y fixer une sorte de cabine de pilotage du haut de laquelle il dirigeait son convoi. En seconde position, une vieille caravane jaunie et partiellement accidentée battait le macadam dans un bruit sourd qui couvrait presque la musique des sabots de ses chevaux.
Dix-sept villages, dix-sept échecs. La ville et ses hauteurs grandissait, l'inquiétude d'Antoine aussi, il fallait de l'eau potable, il pouvait payer, aurait-il pu tuer pour cela ? L'idée que son épouse et ses enfants puissent manquer lui était insupportable. Les portes de la villes s'imposaient, elles sonnaient le glas d'une évidente dernière chance. Au loin l'ombre colossale d'un supermarché en ruines, noirci, sec dessinait les derniers vestiges de sa petite enfance. Antoine se souvenait : Le flot automobile des ces grands autoparcs, l'étouffement dans les galeries commerciales bondées pour la Noël et la clientèle pressée, avide, hystérique ... Il était jeune, et ces souvenirs confus n'étaient en somme qu'une collection d'images dont le trait avait était durci par les récits de son propre père.
Le centre chaud de l'ex-métropole se dévoilait enfin, la chaleur déformait la ligne d'horizon, il ne se sentait pas très bien. Vraiment pas bien, la nature du son et des odeurs changeait, son champ de vision rétrecissait. Il luttait, luttait contre l'extinction de sa propre lumière, en vain. Ce fut le noir total.


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Il fut un temps où les gens aimaient danser entre eux, je crois. Et ce sans regard particulier aiguisé sur leur apparence physique ou leur dextérité en la matière. Aujourd’hui les rassemblements de foules sont monnaie courante, mais chacun est seul avec les autres. Voltaire dans « Ce qui Plait aux Dames » (1746) dit : « Robert était si beau, si plein de charme, si bien tourné, si frais est si vermeil …» Les sociétés occidentales ont modifié l’idée de témoignage d’admiration entres hommes (grand ou petit H). En effet, tout aujourd’hui dépends de cette notion assassine : « Le regard de l’autre » … Les siècles précédents nous ont pourtant montré que cela ne posait pas de problème bien au contraire. Voyez vous, moi-même je finis cette note avec un goût amer : A quelle sauce vais-je être mangé ? Preuve que les mécanismes de nos inconscients sont parfois plus fort que le bon sens ...

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Il y a trois mille ans, la civilisation chinoise donnait forme à ses principes par l'expression d'un yin et d'un yang. En un sens on peut considérer que la clarté -indiscutable- de cette idée, est la réduction de l’ensemble d’inconnues qu’est la relativité de nos existences. La dualité, un jour force, un autre faiblesse, est bien le ciment de notre espèce si l'on parvient à prendre du recul sur son propre état d'être.

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Nous avançons, tel des cadavres commandés par un flux perpétuel d'idées et de conventions, en oubliant l'essentiel : Tout ce dont nous avons besoin est gratuit. Si l'on considère évidemment que la gratuité est une notion toute subjective tant la place prépondérante de l'argent dans nos vie est pesante. Tout est gratuit. L'air, l'eau, la terre, tout est là. Et nous le gaspillons au fil de nos vies. En acceptant un système basé sur l'argent, en supportant le fardeau du productivisme, du capitalisme. Notre planète a toujours su nous prodiguer le nécessaire. Le trésor de la vie n'est pas là où l'on a pour coutume de nous l'enseigner, je crois.

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Il y a de ça quelques jours, un ami m’a éclairé sur une vérité que mon conscient se refusait d'assimiler. C'est une bonne nouvelle, c'est vrai. Nos âmes ne peuvent remplir les critères d’une grille, aucun tableau ne saurait contenir nos critères. En effet, j’ai toujours cru (je ne me souviens pas du contraire) que chacun faisait plus ou moins partie d’une « tribu » politique, artistique, sentimentale et que nous pouvions rattacher n’importe lequel d’entre nous dans une ensemble de profils bien précis. Il n’en est rien. Les médias façonnent l’inconscient collectif et perdurent dans leur infecte croisade pour pousser les gens dans des retranchements. Chacun doit garder à l’idée que chaque être humain est unique, dans son fond et son enveloppe, tel l'éphemère flocon de neige et l’immensité d’un lourd ciel d’hiver.

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La vraie réponse a notre problème de sur possession doit sans doute être l’expérience de ne pas posséder grand-chose. Si les gens qui possèdent tout, ne possédaient rien, ceux qui ne possèdent rien n’aspireraient pas à posséder tout. Mon rêve le plus fou est de déguster un jour le fruit de mon labeur. Goûter à la fraîcheur d’une tomate chargée de soleil qui m’aurait coûté quelques mois d’attention, au doux fumet d'un de mes poulets rôti dans la cheminée. Tout est là, le monde nous offre tout ce dont nous avons besoin mais nous ne le voyons pas. Être apte à s’autosuffir ne serait-il pas la plus grande des richesses dans le fond. Cela tombe sous le sens, mais nous n’en avons pas le temps . Tout le monde est là, les enfants jouent avec de gros galets et quelques découpes de bois sur la poussière de la pièce principale, leurs rires témoignent du plaisir qu’ils éprouvent. Les plus grands, assoiffés de connaissance, écoutent les récits d'un aïeul qui les inonde de son regard. Auprès du foyer de la cheminée  de l’atrium. La marmite rigoureusement apprêtée par les plus fins cuisiniers et cuisinières du hameau laisse émaner les parfums de légumes généreux. Les figures restantes parlementent d’une récente réunion à propos de leurs cultures qui semble s’être conclue par un accord réciproquement profitable des trocs cantonaux. Comme pour  sceller le fondement de ces bonnes nouvelles, la grande table sculptée au coeur de la pièce est dressée ...

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Où commence l’égoïsme ? Sommes-nous égoïstes lorsque nous jouons des coudes pour obtenir la première place ? L’égoïsme, ou individualisme, appelez le comme vous voudrez, serait-il un élément nécessaire à la construction de soi ? Un peu de conscience pour son prochain pourrait-il régler une partie des obstacles auxquels est confrontée l’humanité de nos jours. C’est un fait, chacun doit se mettre en avant lorsque c’est nécessaire. C’est là la différence fondamentale entre dominants et dominés (la séculaire loi du plus fort n’est pas seulement le ciment des temps passés) et il ne faut jamais perdre une occasion d’œuvrer pour soi. Cet objectif de tout les jours est a priori la condition sine qua none pour parvenir à l’état d’existence si primordial dans cette société d’isolement.

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